Coup de cœur littéraire : Yasmina Khadra

Article publié le : 26/07/2018 à 16:00 dans Culture

J’ai ouvert mon premier roman écrit par Yasmina Khadra en décembre 2015. Ma mère m’avait envoyé un livre en me disant qu’elle avait vraiment accroché, impossible de décoller son nez du livre avant de l’avoir fini. Je me suis donc lancé, et ça a été le coup de cœur pour cet auteur. Le vrai nom de l’auteur est Mohammed Moulessehoul, son pseudonyme, il l’a emprunté à son épouse. Après avoir employé différents pseudonymes pour publier tout en échappant au comité de censure militaire, il choisit définitivement ce nom pour honorer sa femme qui l’a soutenu dans les différentes épreuves de sa vie et qui l’a épaulé dans son chemin d’écrivain. Plus d’une fois récompensé pour ses écrits, cet ancien officier de l’armée algérienne, possède une plume que plus personne n’a à présenter aujourd’hui. Il est également un fervent défendeur de l’émancipation de la femme musulmane, et un excellent dénonciateur du terrorisme et de la manipulation des jeunes par des gourous qui aiment le conflit (donc tout pour me plaire).

A plusieurs reprises, on a pu me demander quels étaient les romans de Yasmina Khadra que j’avais le plus appréciés, bien que je ne les aie pas tous lus, je vous dresse aujourd’hui ma modeste liste de mes coups de cœur !

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L’ATTENTAT

Au début de la liste, et je suis sûre que ce n’est pas propre à ma personne. On suit ici le personnage d’Amine, un brillant chirurgien arabe, naturalisé israélien. Menant une vie qui lui convient tout à fait, après avoir fait d’innombrables efforts pour réussir dans une société où l’on a du mal à s’intégrer quand on est arabe, sa vie va basculer quand après un attentat à Tel-Aviv, il découvre que le kamikaze est sa femme, Sihem.

Pourquoi j’ai aimé : Ici Yasmina Khadra aborde avec brillance le malaise qui demeure dans le conflit israélo-palestinien, et défend la cause parfaitement bien. Mais il parle également des limites que peut avoir la connaissance d’autrui : qu’il soit l’être aimé ou le peuple d’à côté. Ce que j’ai aussi apprécié, c’est comment le personnage d’Amine a été dépeint : extrêmement émouvant, coincé entre la colère et l’incompréhension, entre les remords parfois… Le livre a reçu le prix des libraires et a été adapté au cinéma en 2012 par Ziad Doueiri, brillament repris avec fidélité.

A QUOI REVENT LES LOUPS

Dans ce livre qui a pour toile de fond l’Algérie des années 90, on fait la connaissance de Nafa, un jeune algérois qui avait des rêves de comédiens mais qui se contente d’être chauffeur pour une riche famille d’Alger, en attendant la gloire. Après une nuit d’horreur qui le fera tomber dans une énorme confusion mentale, il rejoindra quelques temps après les rangs du FIS (Front Islamique du Salut), en plein dans l’obscurantisme religieux.

Pourquoi j’ai aimé : La décennie noire algérienne est un sujet qui me tient tout particulièrement à cœur. Ce livre dur, fort, mais montre la réalité de ce entre quoi les jeunes algériens de l’époque étaient coincés. On aborde ici autant le sujet de la corruption et du manque de principes dont font preuve « le haut de l’échelle » en Algérie, tout comme on aborde le dispositif d’embrigadement, combien il peut broyer des vies, et combien malheureusement bon nombre de jeunes en perdition n’ont pas pu y échapper. Ce livre m’a énormément touché car il fait écho à mon histoire, et avec l’actualité qui a pu nous toucher ces derniers temps en France, il est bon de le lire.

LES SIRENES DE BAGDAD

Le personnage principal ne sera jamais nommé, hormis en tant que « chiffe-molle ». L’histoire débute dans un petit village bédouin en Irak, où les habitants sont très attachés à leurs valeurs et leurs principes. Mais ces valeurs seront malmenées à l’arrivée des GI américains dans la bourgade. Humiliations, bavures… Le personnage dévie complètement quand ces événements cités juste avant franchiront le pas de sa maison. Alors rempli de haine, il voudra laver l’honneur des siens, son propre honneur, et se choisira un destin qui n’a malheureusement jamais de bonne issue.

Pourquoi j’ai aimé : Parce que comme toujours c’est cru, vrai, saupoudré d’un anti-américanisme qui existe réellement dans cette région. Le dernier volume de la trilogie de l’auteur sur les conflits entre Occident et Moyen Orient (composé de « L’Attentat » et des « Hirondelles de Kaboul ») ne m’a absolument pas déçu. On suit le cheminement psychologique d’un personnage qui va entrer dans une folie meurtrière, complétement à l’opposé de la sensibilité dont il se dépeint au début de l’histoire. C’est juste révoltant, et passionnant.

LES ANGES MEURENT DE NOS BLESSURES

Le fameux premier roman que ma mère m’a envoyé.  Un genre de « Bel Ami », version Yasmina Khadra. On dépeint le destin d’un jeune garçon sorti des bidonvilles de L’Algérie française (1930) et allant de petits boulots en petits boulots pour gagner sa vie. Jusqu’au jour où il se révèle avoir un don pour la boxe, et où il deviendra champion, avant de sombrer dans la déchéance.

Pourquoi j’ai aimé : Parce que c’est très réaliste, un destin qu’on aime suivre et dans lequel on se plonge complètement. Un peu ressemblant au style de « Ce que le jour doit à la nuit ». On suit le personnage, on s’y attache. Peut-être un roman un peu plus lent dans l’articulation de l’histoire (mais vu le gros nombre de pages, c’est pardonné), mais tellement plein d’humanisme. Et qui plus est, la manière dont l’Algérie pré-révolution est dépeinte, n’est pas déplaisante.

(merci à "Bob&Patrick" mon cactus pour ces présentations de couvertures)

 LA DERNIERE NUIT DU RAIS

Pour le coup, le résumé va être simple, car on connaît tous de près ou de loin le personnage principal : Mouammar Kadhafi. Dans ce roman on revient un peu sur son vécu, ses moments marquants... Tout le long de la dernière nuit de sa vie.

 Pourquoi j’ai aimé : J’ai trouvé que le fait d’utiliser comme narrateur Kadhafi lui-même était une idée juste brillante. Celui qui se considère intouchable, presque immortel, qui sens tout de même sa fin approcher. C’est romancé, mais tellement réaliste. On n’a aucun souci à imaginer que le réel dirigeant ait pu être ce personnage décrit dans le livre. Poignant, on a presque de l’empathie pour cet homme au triste destin.

 Je m’arrête à ces cinq romans, bien qu’évidemment il en reste d’autres. J’aurai pu citer « Ce qu’attendent les singes » pour le fait qu’il interpelle sur ce qu’est devenue l’Algérie aujourd’hui, à travers une enquête policière. J’aurai également pu citer le célèbre « Ce que le jour doit à la nuit » que sûrement vous avez tous envisagé de lire, ou bien même le troisième volet de la trilogie « Les hirondelles de Kaboul » qui traite de ce qu’est devenu l’Afghanistan sous la main des talibans (moins apprécié que les autres volets de la trilogie, mais vaut quand même le détour).

J’ai taché d’être la plus vague possible pour ne faire aucun « spoil », tout en vous donnant des détails pour que ces livres vous parlent. La plume réaliste de Yasmina Khadra, qui navigue à tour de rôle entre la dureté des événements et l’espoir d’une aube meilleure n’a pas fini de remplir mes étagères. Notamment son prochain livre « Khalil », traitant du 13 novembre 2015, dont je vous dirais des nouvelles une fois que je l’aurai en ma possession.

Yasmina Khadra

N’hésitez pas à me donner votre avis sur les livres que vous avez déjà lus de cet auteur, ce que vous en avez pensé, ainsi que me dire si l’article vous a donné envie de le découvrir davantage !

Saleha a publié : le 27/07/2018 à 09:32

Super article. J'avais aussi eu un gros coup de cœur pour "L'attentat", 1er roman de cet auteur que j'avais lu et là tu me donnes envie de lire les autres :)

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